L’écart de pension entre les sexes au Canada mesure la différence entre les hommes et les femmes en ce qui concerne les revenus combinés provenant des trois piliers du système canadien d’instruments de revenu de retraite : Sécurité de la vieillesse/Supplément de revenu garanti, Régime de pensions du Canada/Régime de rentes du Québec et mécanismes de retraite privés (y compris les revenus des REER/FERR). En 1976 – la première année pour laquelle nous disposons de statistiques utiles –, cet écart s’élevait à 15 %, et il s’est maintenu irréductiblement malgré des augmentations substantielles du revenu de retraite global et des progrès impressionnants de la participation des femmes au marché du travail et de leurs revenus depuis cette date. Cet écart est actuellement d’environ 17 %, ce qui signifie que, pour chaque dollar de revenu de retraite perçu par les hommes, les femmes n’en perçoivent que 83 cents. Ce rapport examine les origines de l’écart de pension entre les sexes, en analysant en détail comment le fonctionnement des instruments de revenu de retraite du Canada convertit les écarts de salaire entre les hommes et les femmes et les heures de travail rémunérées selon le sexe en pensions plus faibles pour les femmes.

Le rapport mentionne deux principaux obstacles à la réduction de cet écart : la dépendance croissante du Canada à l’égard des mécanismes de retraite privés, qui forment le pilier le plus inégalitaire selon le genre du système à trois piliers, et la part inégale des femmes dans le travail familial non rémunéré, qui les empêche d’augmenter leur part de travail rémunéré.

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  • Écart persistant : Il y a un écart de pension entre les sexes au Canada et il ne s’est pas rétréci depuis 1976 alors qu’il était de 15 %. En 2021, l’écart de pension entre les sexes était de 17 %, malgré la plus grande participation des femmes au marché du travail.
  • Ampleur de l’écart de pension : Les femmes reçoivent 83 cents pour chaque dollar que les hommes reçoivent en revenu de retraite, alors que le revenu de retraite moyen pour les Canadiennes en 2021 était de 36 700 $ et le revenu médian était de 29 700 $.
  • Classement mondial : Le Canada se classe au 12e rang sur 47 pays dans l’indice mondial des régimes de retraite 2023 de Mercer CFA Institute. En 2021, l’écart de pension entre les sexes au Canada était de 17 % selon Statistique Canada et de 21,8 % selon l’OCDE. Par comparaison, l’écart de pension entre les sexes moyen dans 34 pays membres de l’OCDE était de 25,6 %, l’Estonie ayant le plus faible (3,3 %) et le Japon le plus élevé (47,4 %).
  • Incidence disproportionnée : En 2020, on dénombrait 200 000 plus de femmes âgées de 65 ans et plus qui vivaient sous le seuil de faible revenu que d’hommes, avec 21 % des femmes âgées de 75 ans et plus qui avaient un revenu inférieur au seuil, soit 51 % de plus que les hommes d’un âge similaire.
  • Facteurs qui causent l’écart de pension entre les sexes :
    • La procréation et l’éducation des enfants. Les femmes sont plus susceptibles que les hommes de quitter le marché du travail (de façon temporaire ou permanente) après avoir eu des enfants. En 2015, le taux d’emploi des femmes ayant des enfants de moins de 6 ans était de 69,5 % et pourtant, le taux d’emploi des hommes ayant des enfants de moins de 6 ans était de 90,8 %, signalant un écart de 21,3 %. Le taux d’emploi des femmes augmente avec l’âge de leurs enfants, mais il ne rattrape jamais celui des hommes.
    • Les tâches familiales. Les femmes sont plus susceptibles que les hommes de travailler à temps partiel en raison de leurs responsabilités liées aux tâches familiales. En 2021, 24,4 % de toutes les travailleuses canadiennes étaient à temps partiel par rapport à 13 % de tous les travailleurs. La raison la plus souvent citée par les femmes pour travailler à temps partiel était qu’elles devaient s’occuper des enfants. Les données disponibles montrent qu’un quart des femmes ont indiqué les tâches familiales comme raison de travailler à temps partiel, par rapport à 3,3 % des hommes. En outre, les femmes qui travaillent à temps partiel ne sont peut-être pas admissibles au régime de retraite de leur employeur si leurs heures de travail sont inférieures à un certain seuil.
    • Le travail domestique non rémunéré demeure principalement effectué par les femmes. En 2017, 89,9 % des mères assurées au Canada ont pris un congé de maternité ou parental – à un niveau de revenu réduit – par rapport à 11,9 % des pères ou des partenaires assurés.
    • L’écart salarial entre les sexes existant. Deux des trois piliers du système de pensions du Canada sont destinés à être liés à la capacité de gain. L’écart salarial entre les sexes du Canada était de 28 % (2021) pour les gains annuels moyens, et de 11 % (2020) pour les gains horaires moyens.
    • Le biais historique : Le système public de pensions du Canada était, et est encore, conçu pour les couples dans lesquels l’homme est le pourvoyeur.
  • Le système de revenu de retraite du Canada : L’écart de pension entre les sexes au Canada fait référence à la disparité dans le revenu de retraite entre les hommes et les femmes mesuré à l’aide des trois piliers du système de revenu de retraite du Canada :
  • Premier pilier : la Sécurité de la vieillesse (SV) et le Supplément de revenu garanti (SRG). La SV ou le SRG est une pension sociale administrée par le gouvernement du Canada. La personne doit avoir un revenu de moins de 134 626 $ (en 2023) pour se qualifier et les montants des paiements sont fondés sur l’âge, l’état matrimonial et le revenu. Les antécédents de travail ne constituent pas un facteur pour déterminer l’admissibilité (c’est-à-dire que les paiements ne sont pas fondés sur les contributions). Le premier pilier est conçu pour être non sexiste, mais il est favorable aux femmes en raison de leur espérance de vie plus longue que celle des hommes. Il aborde indirectement les préjugés sexistes en fournissant une aide financière essentielle aux femmes, qui peuvent avoir moins accès à d’autres sources de revenu de retraite.
  • Deuxième pilier : le Régime de pensions du Canada (RPC) et le Régime de rentes du Québec (RRQ). Le RPC ou le RRQ est un régime de pension public et contributif administré par le gouvernement du Canada et le gouvernement du Québec respectivement. Avec le RPC, le paiement de la pension de la personne est fondé sur ses gains, ses contributions et l’âge auquel elle décide de commencer à percevoir sa pension. Le RRQ est financé par les cotisations des personnes qui travaillent au Québec et par leurs employeurs. Le deuxième pilier incarne des préjugés sexistes traditionnels. Il s’appuie sur les gains et les contributions, qui sont historiquement favorables aux hommes qui ont eu des revenus plus élevés et des antécédents de travail plus longs. Cela perpétue l’écart de pension entre les sexes, car les femmes gagnent souvent moins au cours de leur vie et elles ont des trous dans leurs antécédents de travail en raison de leurs responsabilités liées aux tâches familiales.
  • Troisième pilier : le revenu de retraite privé. Le revenu de retraite privé provient de sources comme les régimes de pension au travail et les régimes personnels (p. ex. les régimes enregistrés d’épargne-retraite). Ce sont des régimes de pension volontaires, contributifs et privés. Ce ne sont pas toutes les personnes qui se procurent un régime personnel ni tous les employeurs qui offrent des régimes de pension au travail. En fait, les trois quarts des adultes canadiens ne sont pas protégés par un régime de retraite au travail. Le troisième pilier représente des préjugés sexistes par rapport à l’accès à des régimes de retraite au travail et à l’épargne-retraite personnelle. Les femmes sont touchées de façon disproportionnée par l’absence d’un régime de retraite au travail en raison de facteurs comme l’écart salarial entre les sexes et le travail à temps partiel. Les femmes sont également moins susceptibles d’avoir une épargne-retraite personnelle et elles ont moins de possibilités pour faire des investissements financiers.