Nous profitons de la Journée mondiale des villes, pour réfléchir à la manière dont les Ontariennes sont particulièrement touchées par l’écart salarial entre les hommes et les femmes. La disparité salariale persiste en Ontario, quelle que soit la manière dont elle est mesurée. L’écart salarial horaire s’élèvera à 13 % en 2022, soit seulement six points de moins qu’en 1998. Autrement dit, au taux horaire, les femmes gagnent en moyenne 87 cents pour chaque dollar gagné par un homme. Si l’écart persiste, il varie selon les secteurs, les sous-secteurs et même les régions géographiques.

La BBC a publié l’an dernier un article, Why young women earn more than men in some US cities [traduction : Pourquoi les jeunes femmes gagnent-elles plus que les hommes dans certaines villes américaines?]. On y examine les facteurs susceptibles de contribuer à l’atteinte de l’équité salariale, voire à l’obtention d’un salaire plus élevé chez les femmes, dans certaines grandes villes américaines. Je me suis demandé si les facteurs relevés pour les villes américaines s’appliquaient aux villes de l’Ontario.

L’article nous apprend que les municipalités où le nombre de femmes ayant fait des études postsecondaires est plus élevé semblent avoir plus de chances d’enregistrer un écart salarial plus faible entre les sexes. Selon cet article de la BBC, un autre facteur contribuant à l’équité salariale est la présence plus forte de secteurs d’activité à prédominance féminine. Les régions qui comptent un plus grand nombre de catégories d’emplois à prédominance féminine tendent à avoir des écarts salariaux plus faibles (et vice versa). L’âge moyen des mères à la naissance du premier enfant semble également déterminant : les femmes qui deviennent mères ont tendance à gagner moins, en moyenne, que celles qui n’ont pas d’enfants. De plus, selon The New York Times, les États américains où l’âge moyen des mères à la naissance du premier enfant est plus bas ont tendance à enregistrer des écarts salariaux plus importants entre les sexes. (Il n’existe malheureusement pas de données à l’heure actuelle sur l’âge maternel dans les villes ontariennes, mais vous pouvez en savoir plus sur l’incidence de la maternité et du travail domestique non rémunéré ici, dans une publication, en anglais seulement, de l’OCDE). Outre les facteurs évoqués dans l’article de la BBC, nous avons constaté que l’écart salarial entre les sexes est souvent plus important du côté des femmes racialisées et des nouvelles arrivantes.

Lorsque ces indicateurs sont appliqués aux régions de l’Ontario (en particulier celles où les écarts salariaux entre les hommes et les femmes sont notables, qu’ils soient plus élevés ou plus faibles), nous pouvons mieux comprendre comment ils peuvent contribuer à la disparité salariale entre les sexes à l’échelle provinciale. En nous appuyant sur des données de Statistique Canada, nous avons analysé un peu moins de 50 municipalités disséminées partout au pays. De telles données ne sont évidemment pas parfaites, mais elles fournissent des éléments d’information intéressants qui justifient une recherche plus approfondie. Nous vous présentons ci-dessous ce que nous avons appris sur trois municipalités de l’Ontario, soit Elliot Lake, Leamington et Petawawa.

Elliot Lake, dans le district d’Algoma, était une ville minière dans les années 1950. On y a produit la majeure partie de l’uranium mondial pendant des décennies. La plupart des mines ayant fermé, les principaux secteurs d’activité de cette ville sont aujourd’hui le tourisme et la villégiature. D’après Statistique Canada, les femmes gagnent en moyenne 92 % du salaire des hommes à Elliot Lake. L’écart salarial y est inférieur d’environ 17 % par rapport au reste de l’Ontario.

Presque 90 % des résidentes et résidents d’Elliot Lake sont nés au Canada. En outre, seulement 3 % d’entre eux s’identifient à une minorité visible, soit 31 % de moins que le pourcentage d’Ontariens et d’Ontariennes qui s’identifient comme étant racialisés. Une bonne partie de la population de cette ville parle l’une des langues officielles du Canada comme première langue, soit environ 24 % de plus comparativement au reste de l’Ontario. Bien qu’il s’agisse d’indicateurs imparfaits, nous savons que les nouvelles arrivantes sont confrontées à des obstacles à l’emploi plus importants. Par conséquent, le fait d’être née au Canada, de ne pas être une personne racialisée et de parler l’une des langues officielles du Canada comme première langue peut contribuer à la réussite économique des femmes dans cette région.

Toutefois, si le taux d’accession à l’éducation postsecondaire semble être déterminant pour l’atteinte d’un écart salarial plus faible, seulement 41 % des hommes et 50 % des femmes de 25 à 64 ans détiennent un certificat ou un diplôme d’études postsecondaires à Elliot Lake. De plus, seulement 9 % des hommes et 15 % des femmes de 25 à 64 ans à Elliot Lake sont titulaires d’un baccalauréat ou d’un diplôme supérieur. Bien que les femmes affichent encore des taux de scolarisation plus élevés que les hommes, les taux de transition vers l’éducation postsecondaire sont considérablement plus faibles à Elliott Lake qu’ailleurs en Ontario, tant pour les hommes que pour les femmes – ce qui n’est pas conforme à ce à quoi nous pourrions nous attendre.

Dans une autre ville ontarienne, à Leamington, l’écart salarial entre les hommes et les femmes s’élève à près de 86 %, soit plus de 10 % de moins que dans le reste de la province. Deuxième plus grande municipalité du comté d’Essex, Leamington est l’une des villes les plus méridionales de l’Ontario.

Leamington se distingue par un taux de scolarisation nettement inférieur à la moyenne provinciale, à la fois chez les hommes et chez les femmes, ce qui étonne compte tenu du faible écart salarial entre les sexes. La présence plus forte de secteurs d’activité à prédominance masculine est également surprenante : les emplois dans les secteurs de l’agriculture, de la foresterie, de la pêche et de la chasse représentent un peu moins de 19 % de la population active; les catégories d’emplois à prédominance masculine comptent pour 20 % et celles à prédominance féminine, 16 %. À titre de comparaison, ces mêmes secteurs d’activité représentent un peu plus de 1 % de l’ensemble de la population active de l’Ontario. Le deuxième secteur d’activité le plus important à Leamington est la fabrication, qui comporte également des catégories d’emplois à prédominance masculine et compose près de 18 % de l’effectif de cette ville.

Moins de femmes font partie de la population active à Leamington – les taux d’activité et les taux d’emploi des femmes y sont nettement inférieurs à ceux du reste de l’Ontario.

Enfin, nous pouvons nous pencher brièvement sur Petawawa, qui, à l’opposé, présente un écart salarial entre les sexes beaucoup plus élevé que le reste de l’Ontario. https://www.petawawa.ca/townhall/history/Connue pour son accès aux ressources naturelles ainsi que pour sa forte dimension militaire sur le plan historique et en termes de mobilisation, la ville de Petawawa est la plus importante dans le comté de Renfrew. À Petawawa les femmes gagnent en moyenne 53 % du salaire des hommes, d’où un écart salarial supérieur de 22 % supérieur à la moyenne ontarienne.

Petawawa se caractérise par un nombre d’immigrants nettement inférieur à celui du reste de l’Ontario – à peine un peu plus de 6 % de ses résidentes et résidents s’identifient comme des immigrantes et immigrants, soit 24 % de moins que la moyenne ontarienne. Par ailleurs, un faible pourcentage de la population s’identifie comme faisant partie d’une minorité visible – à peine un peu plus de 6 % des hommes et des femmes, soit 28 % de moins que le taux enregistré en Ontario.

De plus, un pourcentage beaucoup plus élevé de la population de Petawawa parle l’une des langues officielles du Canada comme première langue, comparativement à la moyenne ontarienne. Bien que l’on puisse s’attendre à ce qu’un nombre plus faible de nouveaux arrivants et de personnes racialisées contribue à réduire l’écart salarial, il ne s’agit là que d’un facteur parmi d’autres.

À Petawawa, 59 % de la population âgée de 25 à 64 ans a obtenu un certificat ou un diplôme d’études postsecondaires. Ce pourcentage est inférieur de près de 10 % à la moyenne enregistrée dans l’ensemble de l’Ontario. Ces chiffres diminuent considérablement si l’on examine le pourcentage de la population ayant un baccalauréat ou un diplôme supérieur : seulement 20 % de la population de Petawawa en a obtenu un (près de 17 % de moins que la moyenne provinciale). Plus précisément, seulement 15 % des hommes et près de 27 % des femmes sont titulaires d’un baccalauréat ou d’un diplôme supérieur. Le faible taux de scolarisation universitaire peut être un facteur contribuant à l’écart salarial plus grand entre les hommes et les femmes à Petawawa.

Le coup de projecteur donné sur ces trois villes ontariennes aide à comprendre les facteurs qui peuvent contribuer à la hausse ou à la baisse de l’écart salarial entre les hommes et les femmes. Force est de constater que nombre de ces facteurs semblent aller à l’encontre de ce à quoi nous pourrions nous attendre, ou ne paraissent pas brosser un tableau complet, et c’est peut-être étonnant. Les exemples ci-dessus nous rappellent que des indicateurs comme l’éducation, le secteur d’activité et le statut d’immigrant(e) ne constituent qu’un point de départ pour comprendre la cause de l’écart salarial entre les sexes et parvenir à le réduire. Face à une part de 70 % de l’écart salarial qui reste inexpliquée, une recherche plus approfondie sur les facteurs susceptibles de contribuer à la disparité s’impose. Nous devons nous engager à combler ces lacunes dans les données.

Pour en savoir davantage sur les facteurs qui peuvent contribuer à l’accès des femmes à la sécurité économique et personnelle dans les villes de l’Ontario (et du Canada), lisez le rapport du Centre canadien de politiques alternatives, The Best and Worst Places to be a Woman in Canada 2019 [en anglais seulement; traduction : Les meilleurs et les pires endroits pour être une femme au Canada en 2019].