À l’approche de la date limite pour cotiser à un REER pour l’année financière 2025 le 2 mars 2026, l’occasion est belle de rappeler qu’il faut agir concernant l’écart alarmant de 17 % qui persiste entre les pensions des femmes et celles des hommes si on veut que les femmes profitent adéquatement de l’argent qu’elles mettent de côté.

Malgré la qualité du régime de retraite canadien, les femmes touchent depuis des dizaines d’années un revenu de retraite inférieur à celui des hommes. Voilà un déséquilibre systémique qui augmente la précarité économique pour toute la population canadienne.

En 2024, le Bureau de l’équité salariale de l’Ontario et Elizabeth Shilton, avocate féministe spécialisée en droit du travail et experte sur tout ce qui concerne les régimes de retraite, ont publié un rapport choc, Comprendre l’écart de pension entre les sexes au Canada. Selon ce rapport, bien que le régime de retraite canadien soit parmi les mieux réputés dans le monde et que les revenus de retraite aient considérablement augmenté dans l’ensemble, ce n’est pas tout le monde qui s’en tire de la même façon. Les hommes s’en sortent mieux que les femmes et touchent encore aujourd’hui des pensions 17 % supérieures à celles des femmes : autrement dit, les femmes gagnent 0,83 $ pour chaque dollar gagné chez les hommes.

C’est une tendance encore d’actualité aujourd’hui, qui reste préoccupante même un an après la publication du rapport. L’écart ne se manifeste pas que pendant la retraite : c’est aussi un signe que l’inégalité entre les sexes persiste à toutes les étapes de la carrière.

L’écart de pension entre les sexes correspond à la différence entre les revenus de retraite que touchent les hommes et les femmes. Il concerne les trois piliers du régime de revenus de retraite du Canada.

  • Premier pilier : Sécurité de la vieillesse et Supplément de revenu garanti.
  • Deuxième pilier : Régime de pensions du Canada/Régime de rentes du Québec.
  • Troisième pilier : Épargne personnelle.

En 2020, il y avait environ 200 000 femmes âgées de 65 ans et plus de plus que d’hommes du même âge vivant sous le seuil de faible revenu au Canada. En fait, on constate que 21 % des femmes de 75 ans et plus sont sous ce seuil, soit un pourcentage d’écart troublant de 51 % par rapport aux hommes du même âge. C’est donc là une inégalité qui perdure, et il faut agir au plus vite.

Le rapport Comprendre l’écart de pension entre les sexes au Canada révèle que les femmes travaillent moins d’heures rémunérées que les hommes et que même celles qui travaillent autant d’heures n’ont souvent pas le même salaire. C’est ainsi que s’expliquent l’écart de rémunération entre les hommes et les femmes et les montants inférieurs que peuvent cotiser les femmes à leur régime d’épargne et de retraite, une situation au fondement de l’écart de pension qui prévaut. Parmi les Canadiens âgés de 35 à 64 ans, les femmes sont moins nombreuses à rapporter des économies. Une Canadienne sur deux (49 %) déclare avoir moins de 5 000 $ d’épargne, contre un homme sur trois (33 %).

Facteurs à l’origine de l’écart de pension :

  • Écart salarial. Deux des trois piliers du régime de pension du Canada ont un lien avec la capacité de gain. Au Canada, l’écart salarial entre les sexes se chiffrait à 28 % (2021) pour la moyenne annuelle et à 11 % (2020) pour la moyenne horaire. Les femmes sont moins enclines à avoir une épargne personnelle étant donné les revenus plus faibles et les limitations dans les placements à leur portée.
  • Préjugés historiques : Le régime public de retraite du Canada est pensé pour la famille hétérosexuelle avec un homme pourvoyeur à sa tête. Le deuxième pilier du régime de retraite est fonction des revenus et cotisations, et les hommes sont avantagés du fait de leurs revenus supérieurs et de leur longue présence sur le marché du travail. Une situation de ce genre ne fait qu’entretenir l’écart de pension, car les femmes gagnent souvent à vie moins que les hommes et devront parfois s’absenter pour s’occuper d’un proche.
  • Soins aux proches : Les femmes ont plus tendance à occuper des emplois à temps partiel parce qu’elles ont des responsabilités familiales. En 2021, 24,4 % des travailleuses canadiennes étaient à temps partiel, contre 13 % pour les hommes. Les femmes indiquent choisir de travailler à temps partiel le plus souvent pour leurs enfants. Selon les données à cet effet, un quart des femmes disent avoir choisi de travailler à temps partiel pour s’occuper de leurs enfants contre 3,3 % des hommes. De plus, les femmes à temps partiel pourraient ne pas avoir droit au régime de retraite de leur employeur si elles travaillent un nombre d’heures inférieur au seuil qu’impose ce dernier.
  • Travail non rémunéré à la maison encore majoritairement effectué par les femmes. En 2017, 89,9 % des mères assurées au Canada ont pris un congé de maternité/parental (avec un revenu réduit) contre 11,9 % des pères/partenaires assurés.
  • Grossesse et éducation des enfants. Les femmes sont plus à risque que les hommes de cesser de travailler (temporairement ou définitivement) après avoir eu des enfants. En 2015, 69,5 % des femmes ayant des enfants de moins de 6 ans avaient un emploi contre 90,8 % pour les hommes dans la même situation, un écart de 21,3 %. Plus les enfants sont âgés, plus le taux d’emploi des femmes augmente, sans jamais toutefois rattraper celui des hommes.

Les différences de revenus entre les sexes s’expliquent de plusieurs façons dépendantes les unes des autres. Nous proposons des mesures à la disposition des employeurs, décideurs et particuliers dès maintenant pour combler l’écart salarial entre les sexes et, à terme, l’écart de pension qui en découle.

Voici trois appels à l’action qui permettront de mettre fin à l’écart de pension.

  1. Moderniser les régimes de retraite pour les rendre plus inclusifs et plus représentatifs de la population active. La situation des pensions dépend de l’état des régimes qui en sont à l’origine et du marché du travail, mais force est de constater que les revenus de retraite au Canada comme ailleurs traînent de la patte par rapport aux changements de fond qu’a subis le noyau familial et à l’émancipation des femmes sur le marché du travail. Au Canada, dans les années 1960, les femmes représentaient environ 30 % de la population active; en 2024, elles en étaient à environ 85 %. Les travailleurs d’aujourd’hui ne sont pas ceux d’il y a 60 ans.
    Au fil du temps, le Régime de pensions du Canada et le Régime de rentes du Québec ont subi des mutations en vue d’atténuer les inégalités entre hommes et femmes, par exemple les régimes d’assurance universelle obligatoire, les dispositions d’exclusion des années de faible revenu pour l’éducation d’enfants et les prestations de survivant. C’est ainsi une preuve que les pouvoirs publics peuvent user d’intelligence pour réduire les inégalités sans pour autant effacer le lien avec la contribution au marché du travail.
  2. Favoriser des politiques qui bénéficient à tout le monde au travail. Les politiques telles que les audits visant à vérifier s’il y a égalité salariale, les congés de paternité et les modalités de travail flexibles peuvent contribuer à éliminer des obstacles systémiques à la participation et à l’émancipation des femmes sur le marché du travail. Si on met en place des règles qui favorisent l’équité des revenus et des perspectives de carrière, on réduit l’écart salarial entre les sexes et ultimement l’écart de pension qui en découle.
  3. Collaborer avec des acteurs de premier plan et évaluer l’efficacité du travail accompli. Pour changer les choses, il faut une certaine concertation parmi les acteurs publics et privés et les entités responsables des pensions, assortie d’échéances claires et d’objectifs mesurables. Il faut aussi faire un suivi des indicateurs établis et rester ouvert à l’amélioration continue. L’écart de pension ne concerne pas uniquement les femmes : c’est un problème structurel qui augmente la précarité économique pour tout le monde.

 

Pour en savoir plus sur l’écart de pension entre les sexes, vous pouvez télécharger notre rapport Comprendre l’écart de pension entre les sexes au Canada.

Vous trouverez de plus amples renseignements sur le Bureau de l’équité salariale à https://payequity.gov.on.ca/ce-que-nous-faisons/.